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mémoires • les derniers scandales de la république


Les huit Rois successifs de la Ve Monarchie


Paris 3 novembre 1971

Lorsqu’on soulève les toits des palais de la Ve République, le paysage dévoilé n’est pas sans évoquer Le Diable Boiteux décrit par l’écrivain Lesage. Ainsi, des enquêtes publiées par Minute et Le Canard enchaîné démontrent que Jacques Chaban-Delmas, Premier ministre et maire de Bordeaux, lorsqu’il fut président de l’Assemblée nationale, évita de gros impôts grâce aux exonérations attachées à ses fonctions ainsi qu’à une judicieuse utilisation de l’avoir fiscal lié aux valeurs immobilières. L’affaire tombe d’autant mieux que Jacques Chaban-Delmas et Valéry Giscard d’Estaing sont tous deux présidentiables. Mais un scandale en chasse un autre. Le député gaulliste de Grailly a engouffré 120 milliards de centimes dans une très hypothétique rénovation des abattoirs de la Villette. Puis vient l’affaire de la Garantie foncière, coiffée par le gaulliste Rives Henry. Alors que le taux d’inflation ne dépasse pas 4%, elle promet 10,25% d’intérêts à ses actionnaires, le problème étant que les données affichées par la publicité sont totalement mensongères. L’inspecteur fiscal Georges Deya, quant à lui, vend ses services aux contribuables du quartier Chaillot à Paris.   

mémoires • hugo rencontre la femme de sa vie

Juliette Drouet, actrice française,
maîtresse de Victor Hugo
pendant près de 50 ans.


Paris 17 février 1833

Cette nuit, Victor Hugo a découvert l’amour. Lui qui n’avait connu que les calmes plaisirs du lit conjugal s’est soudain vu révéler l’ivresse des sens. Son initiatrice n’est autre que la princesse Négroni de son drame Lucrèce Borgia, la comédienne Juliette Drouet. Condamné par sa femme à une chasteté forcée depuis six mois, Victor était prêt à céder à toutes les tentations. Or Juliette en offre beaucoup : chacun loue son sourire, ses épaules et « ses durs tétons bretons ». De plus, sa vie agitée fascine le bourgeois Hugo. Tôt échappée de son école religieuse, elle devint, entre autres, la maîtresse du sculpteur Pradier. Mais cette demi-mondaine a gardé un cœur de midinette, qu’elle offre à celui qu’elle nomme déjà Totor.

mémoires • napoléon est sacré empereur

Après une arrivée en grande pompe
dans un magnifique carrosse,
le futur Empereur de Français, vêtu de ses habits de sacre,
entra dans l'église au milieu ...



Paris, 2 décembre 1804

En présence d’une nombreuse assemblée et surtout du pape Pie VII qui est venu présider l’office à Notre-Dame, selon un cérémonial établi par Portalis et Bernier, plusieurs fois répété, et sur les accents d’une musique de Lesueur, Napoléon pose la couronne impériale sur sa tête. Il couronne ensuite Joséphine qui a épousée au temps du Directoire. La cérémonie est grandiose : après le sénatus-consulte qui lui a reconnu la dignité impériale héréditaire et confié « le gouvernement de la France avec le titre d’empereur des français », Napoléon pense ainsi renforcer avec éclat et confirmer aux yeux de tous sa légitimité de souverain « de droit divin, par la grâce de Dieu ».

mémoires • belle ou croyante, il faut choisir


Jean Raoux (Montpellier, 1677 – Paris, 1734), 
Femme à sa fenêtre, avant 1728. 
Huile sur toile, 102,5 x 81,1 cm, collection privée


La Rochelle, 28 juin 1581

« Femmes coquettes, trop coquettes, vous faites œuvre de Satan ! » Tel est le message délivré par les ecclésiastiques protestants, durant le synode national de la Rochelle. Les femmes protestantes de bonnes mœurs se voient tout bonnement interdire d’être élégantes. Satan va regretter le temps des robes bouffantes et des vertugadins qui faisaient les hanches rondes, les perles et les fleurs qui ornaient les cheveux et les profonds décolletés qui dénudaient les gorges. Oui, les femmes, ainsi parées et fardées, abusent de leurs charmes avec impudeur et indécence. Désormais, seule une tenue modeste doit être la marque d’une bonne chrétienne.

mémoires • zadig, œuvre satirique, n’a pas de père


Gravure (1747) illustrant la scène de retrouvailles entre 
Zadig et Astartée dans Zadig ou La Destinée


Paris, 1747

Auteur anonyme et lieu de parution inconnu, on se demande qui se cache derrière Zadig ou la Destinée, histoire orientale. Cette question agite d’autant plus les esprits que la critique et la satire affleurent à chaque page de ce conte. Au fil  des aventures du jeune Zadig, qui deviendra roi de Babylone grâce à l’amour, jaillissent les plus vives attaques contre les excès des souverains et le zèle de leurs courtisans, ou contre les exactions d’un clergé à la botte des puissants et qui abuse de la naïveté du peuple. En quête de respectabilité, Voltaire se défend d’avoir imaginé un tel récit. Cette paternité est bien lourde à un moment où les portes de l’Académie française s’ouvrent enfin devant lui. Mieux vaut la grâce du roi que l’exil !

mémoires • moriceau pendu pour lèse-majesté

Le 11 septembre 1758, Moriceau de La Motte,
ce « cerveau brûlé, fanatique, et frondeur du gouvernement »
est exécuté sur la place de Grève devant l’Hôtel de Ville de Paris.



Paris, 11 septembre 1758

Le sieur Moriceau de La Motte a été pendu en place de Grève. Quelques mois plutôt, il avait dîné dans une auberge de la rue Saint-Germain. Et là, devant témoins, il avait tenu des propos enflammés sur Damiens et contre le roi. Dénoncé, arrêté, il a été soumis à la torture. Peu après, la police a découvert chez lui des libellés séditieux. Ainsi, pour quelques propos d’après-boire, Moriceau, Huissier des requêtes, est condamné à la pendaison : édifiant exemple pour qui serait tenté de contester le pouvoir royal.

mémoires • le roi fait arrêter le mari de sa favorite.


Athénaïs de Montespan fut la maîtresse du Roi Soleil.
 Ce n'est pas rien.
Dans la flopée des courtisanes,
elle fut la préférée de Louis XIV.


Versailles, 30 septembre 1668

Grand émoi à la cour. Ce matin, le roi fait arrêter et mener à la prison de Fort-L’Evêque M. de Montespan, mari de sa favorite. Il est vrai que le marquis s’est conduit de façon scandaleuse. Au lieu d’être flatté de voir sa femme distinguée par Sa Majesté, il a protesté, fait une colère et s’est livré à des actes extravagants. Il alla d’abord clamer dans tout le palais qu’il voulait attraper une mauvaise maladie pour la donner au roi par l’intermédiaire de sa femme. Et hier, on le vit arriver à Saint-Germain dans un carrosse orné de voiles funèbres. Il était lui-même habillé de noir. Le roi s’étonna : « De qui êtes-vous en deuil, M. de Montespan ? » Le marquis fit une référence et hurla : « De ma femme, sire ! » Une telle attitude, on en conviendra, n’était plus supportable.

mémoires • françoise de foix a-t-elle été tuée par son époux ?

Françoise de Foix


Blois, janvier 1538

La sinistre rumeur continue de circuler : on raconte que Françoise de Foix, dame de Châteaubriand et favorite du roi, ne serait pas morte de mort naturelle… Jean de Laval, son infortuné mari, aurait dissimulé sa jalousie et son dépit tout le temps que dura la liaison de son épouse avec le roi. Mais, l’an passé, après avoir annoncé que Françoise était souffrante, il aurait enfermé la malheureuse dans une chambre tendue de noir pendant six mois. Et, le 16 octobre, il serait allé la surprendre pendant son sommeil avec six hommes masqués et armés de couteaux effilés et l’auraient saignée aux bras et aux jambes jusqu’à ce que mort s’en suive.

à reculons • un discours fracassant d’adolphe thiers




Paris, 11 janvier 1864

Elu à Paris en mai 1863, Adolphe Thiers s’offre une rentrée fracassante à la tribune parlementaire. Le gouvernement est déjà affaibli par l’ « aventure mexicaine » et l’intraitable député lui assène la harangue des « cinq libertés nécessaires » : ces libertés « qu’un jour peut-être le peuple exigera »… Il faut supprimer la loi de sûreté au nom de la liberté individuelle ; ne plus utiliser les avertissements, la presse devant pouvoir s’exprimer librement ; autoriser le citoyen à voter pour l’élu de son choix ; permettre à ces mêmes élus de contrôler le gouvernement, d’en interpeller les membres et de mettre éventuellement en cause la responsabilité des ministres devant la Chambre. Ainsi conclut l’orateur, nous passerons peut-être « du cap des tempêtes au cap de bonne espérance »…

à reculons • l’ordalie est autorisée à alès


Mettre sa main au feu : ordalie par le fer rouge


Alès, 1200

La vérité résiste au feu ! Les seigneurs d’Alès ont octroyé à leurs vassaux une chartre autorisant la pratique judiciaire appelée jugement de Dieu ou ordalie. Celle-ci-consiste, pour l’accusé, à  prouver son innocence en portant un certain temps une barre de fer chauffée à blanc ou encore en plongeant la main dans une cuve d’eau bouillante pour y prendre un anneau bénit. Un innocent ne devrait en éprouver aucun désagrément….

à reculons • un romancier des passions juvéniles


Gérard Philippe, Micheline Presle dans
« Le Diable au corps »,
un film de Claude Autant Lara (1947)


Paris, 12 décembre 1923

Dix mois après la publication de son premier roman, Raymond Radiguet est mort de la typhoïde à 20 ans. Il était entré par la grande porte, celle du scandale et du talent, dans la famille des romanciers avec Le Diable au corps. Pour le héros du livre, prénommé Jacques et âgé seulement de 16 ans, la guerre n’aura représenté que « quatre ans de grandes vacances » ; il est devenu l’amant de la femme d’un poilu : voilà qui donne un parfum de soufre au trio classique de l’adultère. A l’immoralité du thème où les anciens combattants voient une insulte et les bourgeois une menace, l’éditeur Bernard Grasset ajoutera une publicité tapageuse.

à reculons • nouvelles chaînes pour les noirs


Comment fouetter une esclave enceinte


Paris, 7 décembre 1802

Bonaparte a tranché : tous les hommes ne sont pas libres et égaux. Le Premier consul rétablit l’esclavage que la Convention avait aboli. Une décision réclamée depuis longtemps par les « grands blancs » des Antilles, chassés de leurs plantations par des esclaves en rupture de chaînes. Face à l’insurrection de Haïti, où les Noirs revendiquent l’indépendance, le principe révolutionnaire n’a pas fait long feu.

à reculons • une très laide princesse à la cour


Il faut reconnaître qu'elle avait
ce qu'il est convenu d'appeler
un physique assez ingrat...

(http://maria-antonia.justgoo.com)


Versailles, 14 mai 1771

La cour a pu constater que  la princesse Marie-Josephe de Savoie, qui vient d’épouser le comte de Provence, n’a rien pour inspirer l’amour ! Elle a le front étroit, de petits yeux perçants et un monstrueux duvet qui lui descend de la lèvre supérieure jusqu’au menton. Le comte de Provence a proclamé bien haut que son épouse lui plaisait infiniment ! Mais le roi n’a pas caché qu’il la trouvait fort laide. La dauphine, en revanche, qui ne voit en elle aucune rivale, lui a prodigué mille soins hypocrites. Et le comte d’Artois, à qui la sœur du laideron est promise, a compati en silence…

à reculons • le déclin d’une favorite


La comtesse de Castiglione
en Dame de Cœur vers 1863,
par Pierre-Louis Pierson à Paris.


Paris, décembre 1856

Il semble que la liaison de l’empereur avec la belle comtesse Virginia de Castiglione soit sur son déclin. Napoléon III est agacé par le comportement extravagant de la favorite qui expose les photographies de ses pieds, de ses mollets, de ses genoux, de ses mains, et couche dans des draps de satin noir pour faire ressortir la blancheur de sa peau. Tant de vanité fait d’ailleurs ricaner la cour et Mme de Metternich a résumé un soir l’opinion générale en disant que Mme de Castiglione « était bête à couper au couteau ». Quant à Mérimée, il parle de lui retrousser les jupes et de la fesser à mains plates. Bref, personne, à commencer par l’impératrice Eugénie, ne regrettera cette insupportable piémontaise.

à reculons • jacques rivette et diderot censurés


Anna Karina dans « La Religieuse »
de jacques Rivette


France, mai 1966

Deux siècles après sa mort, Diderot sent encore le souffre. Qu’un cinéaste, Jacques Rivette, adapte une de ses œuvres, La Religieuse, et les foudres cléricales se déchaînent. Yvon Bourges, ministre de l’Information, a reçu des pétitions de 25 000 signatures pour dénoncer une œuvre qui heurte « gravement les sentiments et la conscience » du public. Malgré son interdiction, le film sera présenté à Cannes.

à reculons • le scandale des « liaisons dangereuses »


Pierre Choderlos de Laclos,
Les Liaisons dangereuses
par Sylvain Sauvage


Paris, 25 avril 1782

En deus semaines, un officier connu, Pierre Choderlos de Laclos, est devenu à la mode. Tout Paris ne parle plus que de lui et de son roman par lettres, Les Liaisons dangereuses. Mais cette célébrité sent le soufre. Les trois principaux personnages du roman, le libertin Valmont, la diabolique marquise de Merteuil et la naïve présidente de Tourvel, forment un trio infernal qui dérange les bonnes consciences. L’auteur n’affirme-t-il pas : « J’ai vu les mœurs de mon temps et j’ai publié ces lettres ! » Aussi, encensé par les uns, il est honni par les autres. En tout cas, le scandale ne nuit pas au succès de l’ouvrage ; on s’est arraché ses 2 000 exemplaires !

à reculons • le petit bourgeois et la fille perdue


Michel Simon et Janie Marèse dans
La Chienne de Jean Renoir (1931)
© Les Films du Jeudi


Paris, 19 novembre 1931

C’est aujourd’hui à Paris, au cinéma Colisée, que Jean Renoir présente son nouveau film, La Chienne, adapté du roman de Georges de La Fouchardière. Le film a commencé en province une carrière désastreuse : à Nancy, les spectateurs cassaient les fauteuils… Rien de tel pour attirer les foules ! Ce long métrage, interprété par Michel Simon et Janie Marèze, fustige la petite bourgeoise et les conventions sociales. Dans un climat politique et économique tendu, voici un portrait incisif d’un français moyen, caissier de banque, employé modèle, qui mène une existence morne. Son seul refuge : la peinture que sa femme méprise. En rencontrant Lulu Pelletier, Maurice Legrand choisit la liberté