Le temps d’une curiosité, mon chemin a
bifurqué et j’ai retrouvé ma route. Je n’ai pas aimé où il m’a conduit. Je n’ai
pas aimé les rencontres. J’ai détesté ce soi-disant prestigieux Concert
Spirituel - quintette à cordes
insignifiant, orgue portatif machine à écrire et pourtant chœur majestueux tout
droit sorti de Parsifal, Lohengrin, Tannhäuser, Les Maîtres chanteurs, Aïda,
Falstaff ou Otello montrant du doigt ses sinistres partenaires. J’ai eu la
nausée en regardant le géant – de et part la taille – Hervé Niquet, corseté
dans une très laide veste trop étroite et balançant ses longs bras sans fin
pour nous expliquer que la musique se bat à deux, trois et quatre temps. J’ai
pesté en laissant mes oreilles subir les immondes attaques des compositions
insignifiantes de Mozart et Haydn. Le fabuleux Chœur n’avait rien à faire dans
cette horreur de musique « spirituelle » qui n’était que des
brouillons jetés à la poubelle, ressuscitées par le géant qui croyait être
chef. Bref ! J’ai passé une très mauvaise soirée à Sisteron et cela m’aura
servi de leçon : ne jamais tenter de connaître autre chose que ce que
connais déjà… et que j’aime.
les écureuils de central park sont tristes le lundi
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le puits au fond du jardin • les monstres stupides, incompétents et inutiles de forumopera.com
Après que Madame Caussin (une
des godillotes du site forumopéra) ait mis 2 cœurs sur 4 au récital de Jonas
Kaufmann à Madrid, alors que le ténor, au sommet de son art est probablement l’un
des meilleurs du monde, la critiques de la dame soumise à son patron a été fortement
contestée. Quelques exemples :
Le répertoire français n'est pas celui dans lequel ON
apprécie le plus Kaufmann ? Eh bien je crois qu'il serait sage de parler de vos
goûts personnels uniquement, car, comme on le sait depuis ses Carmen à Londres
ou à la Scala, et surtout son Werther inégalé à Bastille, ce n'est pas du tout
l'avis du public et encore moins le mien... Ce concert était tout simplement
sublime ce qui est d'ailleurs très largement rapporté par la presse. Placido
Domingo y assistait en ami (il chante dans Thais demain) et Kaufmann donnait là
son deuxième concert en Espagne puisqu'il avait déjà donné le même programme
avec le même orchestre au teatro Real de Madrid deux jours avant. Trois bis
dont un extrait de ce Werther justement. Deux concerts de cette envergure en
Espagne, après quelques Parsifal, un Siegmund sur scène à Munich, un autre
concert à Hambourg et le "Dolce Vita" de la Waldbühne à Berlin, un
mois de juillet incroyable : Jonas Kaufmann est au sommet de son art et affiche
une santé vocale sans faille... Ce dont vous rendez compte finalement...malgré
deux coeurs bien tristes dont vous affublez ce récital. Allez comprendre ! Ce
récital ne vaut que ça à vos yeux ? C'est donc que vous avez entendu récemment
des récitals qui valaient en comparaison 3 ou 4 coeurs ? Citez les moi vite que
je m'y précipite moi, pauvre mélomane pour qui ces deux concerts de Madrid et
de Peralada représentent le Graal...voilà un compte rendu fait trop vite qui
sera aussitôt oublié, pas une bonne idée de procéder ainsi avec aussi peu de
références et des arguments qui contredisent la note sèchement assénée que vous
seriez, je pense, incapable de justifier sérieusement.
Stefano P à alessandro
C'est vrai que lorsqu'on lit ce compte rendu vibrant d'un
enthousiasme communicatif, deux coeurs, ça fait un peu riquiqui...
Babyboomer 3 à alessandro
J'ai tiqué, moi aussi sur les deux étoiles... et sur le fait
qu'il faut aller cherche la critique de ce concert dans la rubrique
"spectacles' et non en première page. Il faut y voir sans doute la
"modération" apportée par M. Rizoud à une critique plus qu'élogieuse
; que voulez-vous, ça le chatouille ! Vous avez aussi certainement lu "une
exemplarité technique et musicale qu’IL FAUT BIEN lui reconnaître" ! Quant aux 4
étoiles, je vous laisse à imaginer à qui elles sont destinées...
Peut-être un classement par nombre d'étoiles est-il établi chaque année et, là
encore, c'est-qui-qui ???
Pour ceux qui
l’ignorent, les 4 étoiles (ou cœurs) sont destinées, par le Directeur Rizoud à…
ROBERTINO dit « la doublure aphone de Mariano », autrement dit le
favori de Rizoud, celui pour lequel forumopéra a été créé : ROBERTO
ALAGNA. Et parce que je le répète inlassablement, je me suis fait viré 4 fois
de ce site et je n’ai plus droit à la parole… Pour prendre connaissance de
vraies critiques sur l’opéra, fiez-vous à vous-mêmes. Votre jugement vaut 100
000 fois celui des professionnels !
vu à travers le tube • mozart nous a sauvé des pitoyables débats halliday-cantat…
Le dimanche, toutes les radios et les
télés récapitulent les bordels de la semaine. Hier, nous avons particulièrement
été servis par l’horreur absolue du testament de Johnny le gratteur hurleur et
par le choque universel provoqué par la non-pendaison jusqu’à ce que mort s’en
suive d’un homme qui a été jugé et condamné pour avoir frappé sa compagne qui
est morte sous ses coups et qui voudrait simplement continuer son boulot, sa
peine ayant été accomplie. Et les débats sur rien du tout ont fusé dans tous
les sens comme toujours et comme toujours jamais dans celui qui leur donnerait
du sens. Heureusement, il y eut ces quarante-cinq minutes de grâce sur Arte à
18h30, le sympathique et terriblement intelligent Rolando Villazon qui nous
présentait ses Stars de demain. Moi qui ait été élevé avec les Karajan, Solti, Furtwängler,
Schwarzkopf, Tebaldi, Del Monaco, Vickers, Freni, etc… j’en suis resté bouche
bée. La jeunesse était là, bien présente sous mes yeux, avec sa simplicité, son
naturel, sa lucidité, ses compétences, ses passions et son amour de cette
musique – hier Mozart exclusivement – qu’elle interprète comme jamais quiconque
ne l’a fait avant elle. Ces artistes qui ont déjà un pied dans la profession,
transcendent et redonnent aux partition une jeunesse que l’on n'aurait pu
imaginer. Seules des Dupré ou Argerich – et sans doutes quelques
autres – annonçaient déjà ce nouveau regard sur la musique qui est entrain de s’installer
aujourd’hui. La musique – celle dite classique puisqu’il ne peut y en avoir
d’autre – évolue vers une humanité mouvante, vivante où triomphe l’amour et ses
sentiments. Il est là le chemin de la vérité. La difficulté est que l’humanité
n’est toujours pas prête à reconnaître cette lumière parce qu’elle a trop peur
du reflet de son visage dans son propre miroir.
vu à travers le tube • pas net…
Hulot
est comme tout humain qui n’a pas fait une analyse. Pas net, dirais-je !
Oreslan est comme tout humain qui méprise la musique. Pas net, dirais-je, ce
qui lui a valu des honneurs des Victoires de la musique 2018. Victoires de la
musique ? Mais où voit-on – entend-t-on – de la musique ? Ces
chansonnettes sans airs auraient donc l’audace de nous subjuguer ? Comme
le dit l’inénarrable Manzoni sur Inter, aurions-nous entendu hier, des génies
pour petites cervelles ânonner des stupidités ? Moi, je préfère « Plus
belle la vie » où je retrouve dans un film mal ficelé et mal joué tous les
personnages qui meuvent la société qui sont eux mêmes mal ficelés et mal joués.
Et je préfère aussi – préfère n’est pas le mot -, je suis hypnotisé par « Twin
Peaks », parce que là, j’y suis, je suis dans l’écran et je vis ma vie…
le puits au fond du jardin • impertinences et pédagogies… attention à la dépression !
L’apprentissage d’un instrument, qu’il soit à cordes
frottées ou pincées, à vent ou à clavier c’est d’abord apprendre à maîtriser
ses difficultés techniques pour acquérir une totale autonomie afin d’aborder en
toute indépendance les œuvres de toutes les époques, de la renaissance au
contemporain, et de partager ce plaisir souvent inconnu avec ceux qui en ont la
capacité, en formation réduite ou en grand orchestre divers ou symphonique.
Les
méthodes individuelles ancestrales toujours en vigueur aujourd’hui n’ont jamais
donné les résultats escomptés, saufs pour les enfants doués, passionnés,
travailleurs, courageux, musiciens innés et considérés par leur professeur.
Pour les autres, très souvent majoritaires, ils n’auront acquit que de l’à peu
près ou presque, qui les conduira très souvent à l’abandon ou a avoir
l’impression de savoir jouer (ce que personne n’osera démentir) au sein de
formations amateurs qui se contentent de peu. Ils auront passé ainsi à côté du
plaisir de bien jouer et d’acquérir une culture musicale ouverte sur les
grandes œuvres du patrimoine et sur le répertoire musical de qualité.
Et
pourtant, il existe un moyen attrayant, passionnant, rapide et souvent
spectaculaire : la pédagogie de groupe qui est une pédagogie à part entière et
qui doit être mûri et réfléchi avant sa mise en œuvre. Ce n’est pas une
pédagogie de facilité. Elle ne consiste pas à entasser quelques élèves dans une
salle de cours pour les obliger à écouter une leçon particulière lassante et
décourageante, mais à réunir 3 élèves (ni 2, ni 4) et leur donner tour à tour,
la possibilité de prendre les commandes du cours en parfaite harmonie avec leur
professeur et partager, participer durant une heure et demie, à l’élaboration
d’une progression active et pensée. Ici, le professeur ne sera que le maître du
jeu, guidant et dirigeant dans la direction choisie, la plus opportune pour le
groupe, mettant en valeur les techniques et les idées de musicalité dans un
échange culturel fort et de première nécessité et ceci en essayant d’acquérir
dans les délais les plus courts, le maximum de connaissances pour s’exprimer en
toute liberté. En effet, l’idée reçue, selon laquelle, il faudrait dix ans, ou
plus, pour maîtriser son instrument est totalement stupide. Avec une bonne
méthode appropriée, trois ou quatre années devraient suffire pour jouer
correctement une partition de moyenne difficulté. Nous sommes loin du compte…
Pour
mettre en application cette méthode, il y a deux possibilités : réunir 3 élèves
de même niveau, ou réunir 3 élèves de niveaux totalement différents, en faisant
cohabiter un débutant, un intermédiaire (fin 1er cycle)) et un grand (3ème
cycle). Ne voulant pas affoler et pousser au suicide les sceptiques (les
professeurs sont souvent fragiles), je vais commencer par la première
possibilité.
Avec
3 élèves de même niveau, le professeur se doit d’imposer un programme commun
méthodique : progression précise sur la méthode papier (les bonnes vieilles
méthodes son excellentes et pas du tout démodées), progression construite avec
intelligence à travers les œuvres du répertoire spécifique à l’instrument et
progression écrite par le professeur lui-même en fonction du niveau des élèves
et du groupe. Les effets bénéfiques et spectaculaires seront l’écoute et
l’imitation pour la justesse, la recherche de la qualité du son, l’attaque de
la note, et la musicalité. Travailler les gammes, les intervalles, les arpèges
dans tous les tons en jouant les notes en alternance, en se les échangeant,
d’abord à 1 voix, puis 2, puis 3, est un exercice profitable à plus d’un titre
et surtout, jamais fastidieux. Aborder les morceaux du répertoire, en extrayant
les difficultés, en donner les explications nécessaires en les accompagnant
d’un échange verbal permanent sur le justificatif et le pourquoi de
l’interprétation, est un enrichissement spectaculaire de l’élève qui
transgressera sa technique en une interprétation musicale de qualité, ceci très
souvent à son insu.
Un
cours d’une heure et demie hebdomadaire dans ces conditions ne peut-être que
passionnant et attractif, mais évidemment fatiguant pour les protagonistes,
d’autant plus que le professeur n’aura plus le loisir (c’est-à-dire le temps)
de répondre à son portable, d’arpenter les couloirs pour discourir et de sortir
respirer l’air du dehors pour fumer sa dernière cigarette. C’est pourquoi, il
devra s’astreindre à ne pas dépasser deux cours par jour, s’il veut tenir
jusqu’à la fin de l’année, et obtenir les résultats escomptés.
Pour
la seconde manière, plus ambiguë, plus complexe, le professeur devra y apporter
une attention toute particulière. Avec son trio, de niveaux différents, dont
chaque élèves ne pratique pas encore le même langage, il devra faire preuve
d’une imagination fertile et jouer le jeu des échanges permanents entre ces
niveaux supposés incompatibles. Et pourtant… Le plus grand conseillera le petit
qui écoutera et « imitera » ses deux aînés, l’intermédiaire donnera son point
de vue sur ses deux camarades, montrera ses capacités par rapport à leur
travail, et le plus petit, bénéficiant des conseils des plus grands,
s’épanouira davantage. Le professeur guidera tout ce monde sur le chemin qu’il
aura choisi auparavant, et échangera véritablement sur tous les problèmes liés
à l’instrument, puisque trois possibilités de niveau lui sont offertes en
permanence. Il devra bien sûr tout contrôler pour éviter les dérives qui ne
manqueront pas de se produire. Cet énorme travail portera ses fruits grâce à
l’échange permanent qui sera la base de son enseignement.
Rien
de tout cela n’est utopique. Cela a déjà été expérimenté et mérite qu’on y
réfléchisse, ces indications n’étant qu’un plan de base pouvant être modifié au
gré du professeur. L’essentiel est de comprendre que le cours individuel n’est
qu’une facilité qui apporte peu à l’élève, le fait peu progresser et qui
entraîne le professeur dans des habitudes de confort imaginaire, qui, au bout
de quatre ou cinq années, le met dans une situation d’ennui profond, parce que,
installé dans un travail de répétition permanent, dont il ne peut que se
lasser. Attention à la dépression !...
Hervé Gallien, 21 septembre 2008
le puits au fond du jardin • aix-les-bains (savoie) la musique confisquée…
Dans cette culture
désintégrée qu'on nous impose insidieusement, la musique classique, en
particulier, n'a plus sa place dans notre société, et ce n'est pas sans raison
si notre monde déboussolé ne tourne plus en rond.
Dans le très beau film de Roman Polanski, « Le Pianiste », le héros isolé du monde dans les ruines de la guerre, réussit à survivre à son aliénation grâce et par, l'imaginaire. Son imaginaire à lui, c'est la musique. Dans sa résistance, il ne s'agit que de cela : échapper à la confiscation de son imaginaire qui ne pourrait que le conduire à la barbarie.
Lorsque les mots ne suffisent plus à dire l'indicible, c'est la musique qui prend le relais, art purement imaginaire qui malgré la privation de dignité est capable de reconstruire le monde et de permettre de survivre.
Aujourd'hui, nous vivons nos propres barbaries. Pas un jour ne se passe sans que l'on tente d'atteindre à la capacité de l'imaginaire des gens. La pensée unique est imposée par les médias, de « Voici » à « Télérama », en passant par cet objet d'aliénation qu'est la télévision, et chacun, faisant semblant de rien, pense comme son voisin : « Rien ne vas plus, mais tout va bien ! », sans se rendre compte, que leur capacité d'humain, se désintègre au fond du gouffre qui n'en fait plus que des pantins.
Le sens de la musique, comme de tous les arts, est de situer le monde et d'en donner les clés pour sa compréhension. On a besoin d'un rendez-vous entre un artiste, compositeur ou musicien, et le public, pour situer le monde et élever ainsi sa conscience de vie. Nous sommes confrontés à une forme de barbarie qui a déjà atteint les corps et veut atteindre les esprits. Seul ce qui se vend et qui s'achète à de la valeur, nous martèle-t-on, dans nos têtes. Pas un jour ne se passe, sans que le progrès social ne soit vidé de son contenu. Aujourd'hui les programmes des politiques, des hommes qui nous gouvernent ou qui prétendent le faire ne proposent aucune ambition culturelle.
Nous vivons dans un monde qui ne cesse de fixer les limites du connu, alors qu'il faut se projeter dans l'inconnu pour repousser la peur. Plus vous donnez du connu, plus vous accentuez la peur de l'autre. Il y a une dictature du monde connu à la télévision et au cinéma, qui exclut toute tentative de dépassement.
La musique doit être un art tendu vers de nouveaux publics. C'est au concert que le public doit pouvoir rencontrer les œuvres, qu'elles soient classiques ou contemporaines. De l'imprévu naît la rencontre, la transversalité. La solution passe par la jeunesse, celle dont on nous dit qu'il faut nous méfier. L'éducation populaire - éduquer est un métier - reste un des fondamentaux, or, elle est souvent ignorée, parfois méprisée et presque toujours massacrée. Certains n'y voient que le côté condescendant, mais c'est tout le contraire : l'éducation populaire, c'est l'autre qui vient vous donner.
Je prône la rencontre, celle des hommes et des femmes qui s'ignorent, qui ne franchissent jamais les portes des salles de concerts. Ce lieu est le lieu du partage. C'est peut-être enfoncer une porte ouverte que de dire cela, mais il faut l'avoir sans cesse en tête. Que serait une nouvelle musique pour un nouveau public ' On ne peut favoriser l'émergence de nouvelles esthétiques si on ne se pose pas cette question.
Il semble nécessaire que le service public rende à la musique ce qu'elle a reçu pour se fonder. C'est art de représenter le monde pose les questions fondamentales sur l'individu et l'art d'exister. Retrouver notre histoire, redonner aux gens ce qui leur a été confisqué, ça passe par la musique et les autres arts, ça passe par l'imaginaire aussi.
Peut-être est-t-il temps de retrouver le siècle des Lumières. Notre pays a su à un moment éclairer le monde. Retrouvons ces instants là, plutôt que de nous laisser porter dans l'abîme. Tenons tête, et restons ce que nous aurions toujours dû être, des ardents insoumis : « L'indiscipline aveugle et de tous les instants fait la force des hommes libres ». (Alfred Jarry)
La programmation « culturelle ! » aixoise est aujourd'hui dans un état de décrépitude absolu. Ne pourrait-on pas rêver d'une saison pensée et construite, s'ouvrant sur un thème unique, fort et convainquant, regroupant musique, théâtre, danse, peinture, sculpture, littérature, histoire, et plus, qui proposerait les œuvres marquantes de l'histoire de l'Art, couvrant toutes les époques, du moyen-âge à nos jours, sans discrimination. Le choix est immense. Il suffit d'y puiser avec discernement et bon sens, et d'en confier la réalisation à des gens dont c'est le métier : artistes de tous horizons, jeunes et moins jeunes, célèbres et inconnus, dont l'essentiel est avant tout, la compétence. Le public devrait y trouver ce qu'il ne rencontre jamais, ce dont très souvent il ne soupçonne même pas l'existence : les désirs et délires d'artistes, créateurs de génie, qui, eux seuls, ont le talent d'ouvrir les portes de la connaissance et de la vie.
Il faut donc oser, déranger, remuer, bousculer. Le monde actuel s'enlise progressivement dans la médiocrité, dans une léthargie communicative qui le plonge dans l'indifférence et la monotonie. Et c'est là que la Culture prend toute son importance, en nous réveillant sur un monde visionnaire, capable de satisfaire le plus profond de nous-même.
Aix-les-Bains a la capacité de réaliser un tel projet. Il suffit de le vouloir. Ceux qui sont convaincus qu'une telle initiative est possible sont prêts et ne demandent qu'à participer, pourvu qu'ils soient entendus. Mais peut-être faudrait-il aussi, un jour ou l'autre, confier la démarche culturelle à un véritable patron, libre et indépendant, aux compétences assurées, qui serait le garant de l'imagination créative et de la qualité artistique auxquelles nous aspirons. Nous pensons enfin qu'il serait temps qu'Aix-les-Bains prenne l'initiative de lancer un véritable débat public : la Culture c'est quoi ? à quoi ça sert ? pourquoi est-elle toujours source d'angoisse chez ceux qui nous gouvernent ?
Voilà les questions que nous nous posons. Espérons qu'elles ne resteront pas sans réponses. « Plus les hommes seront éclairés et plus ils seront libres ». (Voltaire)
Dans le très beau film de Roman Polanski, « Le Pianiste », le héros isolé du monde dans les ruines de la guerre, réussit à survivre à son aliénation grâce et par, l'imaginaire. Son imaginaire à lui, c'est la musique. Dans sa résistance, il ne s'agit que de cela : échapper à la confiscation de son imaginaire qui ne pourrait que le conduire à la barbarie.
Lorsque les mots ne suffisent plus à dire l'indicible, c'est la musique qui prend le relais, art purement imaginaire qui malgré la privation de dignité est capable de reconstruire le monde et de permettre de survivre.
Aujourd'hui, nous vivons nos propres barbaries. Pas un jour ne se passe sans que l'on tente d'atteindre à la capacité de l'imaginaire des gens. La pensée unique est imposée par les médias, de « Voici » à « Télérama », en passant par cet objet d'aliénation qu'est la télévision, et chacun, faisant semblant de rien, pense comme son voisin : « Rien ne vas plus, mais tout va bien ! », sans se rendre compte, que leur capacité d'humain, se désintègre au fond du gouffre qui n'en fait plus que des pantins.
Le sens de la musique, comme de tous les arts, est de situer le monde et d'en donner les clés pour sa compréhension. On a besoin d'un rendez-vous entre un artiste, compositeur ou musicien, et le public, pour situer le monde et élever ainsi sa conscience de vie. Nous sommes confrontés à une forme de barbarie qui a déjà atteint les corps et veut atteindre les esprits. Seul ce qui se vend et qui s'achète à de la valeur, nous martèle-t-on, dans nos têtes. Pas un jour ne se passe, sans que le progrès social ne soit vidé de son contenu. Aujourd'hui les programmes des politiques, des hommes qui nous gouvernent ou qui prétendent le faire ne proposent aucune ambition culturelle.
Nous vivons dans un monde qui ne cesse de fixer les limites du connu, alors qu'il faut se projeter dans l'inconnu pour repousser la peur. Plus vous donnez du connu, plus vous accentuez la peur de l'autre. Il y a une dictature du monde connu à la télévision et au cinéma, qui exclut toute tentative de dépassement.
La musique doit être un art tendu vers de nouveaux publics. C'est au concert que le public doit pouvoir rencontrer les œuvres, qu'elles soient classiques ou contemporaines. De l'imprévu naît la rencontre, la transversalité. La solution passe par la jeunesse, celle dont on nous dit qu'il faut nous méfier. L'éducation populaire - éduquer est un métier - reste un des fondamentaux, or, elle est souvent ignorée, parfois méprisée et presque toujours massacrée. Certains n'y voient que le côté condescendant, mais c'est tout le contraire : l'éducation populaire, c'est l'autre qui vient vous donner.
Je prône la rencontre, celle des hommes et des femmes qui s'ignorent, qui ne franchissent jamais les portes des salles de concerts. Ce lieu est le lieu du partage. C'est peut-être enfoncer une porte ouverte que de dire cela, mais il faut l'avoir sans cesse en tête. Que serait une nouvelle musique pour un nouveau public ' On ne peut favoriser l'émergence de nouvelles esthétiques si on ne se pose pas cette question.
Il semble nécessaire que le service public rende à la musique ce qu'elle a reçu pour se fonder. C'est art de représenter le monde pose les questions fondamentales sur l'individu et l'art d'exister. Retrouver notre histoire, redonner aux gens ce qui leur a été confisqué, ça passe par la musique et les autres arts, ça passe par l'imaginaire aussi.
Peut-être est-t-il temps de retrouver le siècle des Lumières. Notre pays a su à un moment éclairer le monde. Retrouvons ces instants là, plutôt que de nous laisser porter dans l'abîme. Tenons tête, et restons ce que nous aurions toujours dû être, des ardents insoumis : « L'indiscipline aveugle et de tous les instants fait la force des hommes libres ». (Alfred Jarry)
La programmation « culturelle ! » aixoise est aujourd'hui dans un état de décrépitude absolu. Ne pourrait-on pas rêver d'une saison pensée et construite, s'ouvrant sur un thème unique, fort et convainquant, regroupant musique, théâtre, danse, peinture, sculpture, littérature, histoire, et plus, qui proposerait les œuvres marquantes de l'histoire de l'Art, couvrant toutes les époques, du moyen-âge à nos jours, sans discrimination. Le choix est immense. Il suffit d'y puiser avec discernement et bon sens, et d'en confier la réalisation à des gens dont c'est le métier : artistes de tous horizons, jeunes et moins jeunes, célèbres et inconnus, dont l'essentiel est avant tout, la compétence. Le public devrait y trouver ce qu'il ne rencontre jamais, ce dont très souvent il ne soupçonne même pas l'existence : les désirs et délires d'artistes, créateurs de génie, qui, eux seuls, ont le talent d'ouvrir les portes de la connaissance et de la vie.
Il faut donc oser, déranger, remuer, bousculer. Le monde actuel s'enlise progressivement dans la médiocrité, dans une léthargie communicative qui le plonge dans l'indifférence et la monotonie. Et c'est là que la Culture prend toute son importance, en nous réveillant sur un monde visionnaire, capable de satisfaire le plus profond de nous-même.
Aix-les-Bains a la capacité de réaliser un tel projet. Il suffit de le vouloir. Ceux qui sont convaincus qu'une telle initiative est possible sont prêts et ne demandent qu'à participer, pourvu qu'ils soient entendus. Mais peut-être faudrait-il aussi, un jour ou l'autre, confier la démarche culturelle à un véritable patron, libre et indépendant, aux compétences assurées, qui serait le garant de l'imagination créative et de la qualité artistique auxquelles nous aspirons. Nous pensons enfin qu'il serait temps qu'Aix-les-Bains prenne l'initiative de lancer un véritable débat public : la Culture c'est quoi ? à quoi ça sert ? pourquoi est-elle toujours source d'angoisse chez ceux qui nous gouvernent ?
Voilà les questions que nous nous posons. Espérons qu'elles ne resteront pas sans réponses. « Plus les hommes seront éclairés et plus ils seront libres ». (Voltaire)
Hervé
Gallien, 14 janvier 2008
PS : Déjà 10 ans que j’ai
écris ce texte qui concerne la ville et l’établissement dont j’ai été directeur
pendant 35 ans. Aujourd’hui, 25 janvier 2018, à Aix-les-Bains, la musique et la
culture ne sont plus confisquées. Elles ont été assassinées et leur corps
pourrissent dans les cimetières. Elles sont en état de décomposition. Aussi j’ai
fuis devant une telle horreur que personne n’aurait pu imaginer. Je me retrouve
à Lyon, ma ville d’adoption où j’ai fait mes études et où j’ai connu, 10 ans
durant, les joies de la fosse d’orchestre de l’opéra…
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